EXISTE-T-IL  UN  PASSE-PARTOUT

Je ne savais pas que je savais faire

Marion CARAMELLO. Psychologue. Conférence 15 Juin 2014. Paris 

INTRODUCTION

Je suis aujourd'hui psychologue clinicienne en service de pédiatrie générale et aux urgences pédiatriques de l'hôpital de Toulon. J’exerce également au centre de formation de handballeuses professionnelles du club Toulon-Saint-Cyr-Var-Handball et en libéral.

 

Je dis aujourd'hui, car j'ai fait au départ des études d'orthophoniste et j'exerce ce métier depuis bientôt 20 ans en cabinet libéral. Je travaillais également en service de neurologie, de néonat et de réanimation à l'hôpital de Toulon jusqu'à ce que j'y obtienne un poste de psychologue. J'ai fait un premier DU de troubles des apprentissages, puis un autre de neuropsychologie clinique, et j'ai poussé ma curiosité aux études de psychologie que j'ai entreprises ensuite.

 

J'ai fait mes études à l'université Paris 8 qui est une université à dominante intégrative. Lors de ma dernière année d'études, j'ai découvert les thérapies systémiques et les thérapies humanistes. J'étais particulièrement intéressée par le pouvoir de l'alliance thérapeutique, par la place du sujet comme expert de son histoire, co-constructeur de sens et acteur de sa thérapie.

 

Pour mon mémoire de fin d'études, j'ai utilisé une méthode de description des vécus expérientiels issue de la phénoménologie avec un jeune adulte schizophrène alors que j'étais dans un service de psychiatrie dont le courant de pensée était la psychothérapie institutionnelle et la psychanalyse lacanienne Cette approche m'a donné la possibilité d'appréhender l'importance de la démarche subjective. Mon patient a pu s'exprimer, se raconter, raconter son histoire, ses émotions, ses ressentis, ses expériences subjectives, notamment celles de ses hallucinations.

 

J'avais donc besoin, en sortant de la fac, de trouver une formation en psychothérapie où je pourrais me retrouver dans les convictions que j'avais acquises,

  • notamment celle de la complémentarité de la psychanalyse et des thérapies brèves qui à mon sens ne sont pas à mettre en opposition,

  • mais également l'intérêt d'une vision intégrative en utilisant les approches systémique, humaniste, existentielle, phénoménologique et ethnopsychiatrique, dans le sens où chaque patient est un sujet singulier, avec son histoire, ses croyances, et devant être considéré comme un allié dans la thérapie.

 

Il m'est souvent reproché, par des collègues psychologues ou psychiatres, de vouloir conjuguer toutes ces approches, mais cela me fait penser au "Palais idéal" du Facteur Cheval : une pierre prise par ci, une autre par là lui ont permis de bâtir ce qui est aujourd'hui appelé le "Palais idéal". Je me dis parfois qu'un concept pris par ici, un autre par là, pourraient également nous amener à la "thérapie idéale". En tous cas, cela me permet d'avoir une pensée pas trop paresseuse....

Ma formation en TBSI m'a apporté ce que je cherchais, à savoir une véritable prise en compte de l'alliance thérapeutique, de la place du sujet, de ses ressentis et émotions. La TBSI m'a apporté un guide, des outils puissants et efficaces que j'ai rapidement pu utiliser dans mes thérapies, et avec des succès souvent très rapides, avec pour l'instant un maximum de 9 séances et un minimum de 3.

 

 

En préambule de mon intervention, j'aimerais vous lire une phrase de Marcel Proust issue de son œuvre "A la recherche du temps perdu" et qui est celle-ci : "Le voyage d'exploration ne consiste pas à rechercher des terres nouvelles, mais à voir avec un regard neuf". Nous allons voir pourquoi cette phrase illustre et résume l'intervention que je vais faire ici.

 

L’exposé précédent a montré comment les freins au changement doivent être inévitablement pris en compte et traités par le thérapeute. Mais alors comment peut se réaliser l’avancée vers le changement, vers le désir de faire autrement, vers le choix d’avoir de nouveaux comportements et de nouvelles attitudes ?

 

 

On pourrait considérer la problématique du patient comme une porte fermée sur laquelle il bute, alors que derrière celle-ci se trouve une solution, non encore découverte qui le libérera.

L’idée de la Bande Dessinée que vous avez en mains recoupe plusieurs aspects importants de notre conception de la cure :

- le virage à 180 ° (tirer au lieu de pousser),

- l’acharnement dans la même solution,

- et l’intérêt d’une toute petite nouvelle expérience qui en entraînera une énorme derrière = si on lui propose, et qu’il le fait, d’ouvrir la porte vers lui de 1 mm, cela lui permettra brusquement de découvrir qu’il peut, en fait, ouvrir la porte totalement et déboucher alors sur un autre espace.

Pour cet exposé, j'ai choisi de me poser la question suivante : En quoi le changement, nécessaire pour que le patient trouve une solution nouvelle dans une situation bloquée, réveille-t-il une problématique qui nous serait commune à tous ?


 

LE STADE DU MIROIR

Changer, sortir de ce qu’on sait faire, et de ce qu’on connaît, réveille le paradoxe et le passage délicat du stade du miroir.

Le stade du miroir est une notion qui a été théorisée par le psychologue Henri Wallon et pour laquelle René Zazzo décrit 4 étapes :

- l'enfant reconnait l'image d'un autre dans le miroir

- il prend son image pour un autre enfant

- il éprouve un certain malaise devant son reflet et tente de s'en détourner

- et enfin, il s'identifie à sa propre image

Des psychanalystes comme Lacan, Winnicott ou Dolto verrons la nécessité de la présence d'un Autre pour que cette fonction se mette en place, cet autre, qui est souvent la mère, et qui dit à son enfant : "tu vois mon p'tit chéri, c'est toi que l'on voit dans le miroir", et l'enfant va chercher la confirmation en se retournant pour voir sa mère derrière ou à côté de lui.

 

Pour Winnicott par exemple, le stade du miroir est constitutif de l'identité et cela se retrouve dans la manière dont l'enfant se voit dans le regard de sa mère : si le regard est plein d'amour, de tendresse l'enfant va se percevoir comme étant "aimable" ou au contraire s'il est fuyant, désapprobateur l'enfant se percevra alors d'une manière ...

 

Dolto avance également la voix de la mère comme étant un "miroir" pour l'enfant. Si la voix est douce, les mots encourageants, pleins d'amour, ou si au contraire elle est forte, les mots désapprobateurs ou violents, l'enfant se percevra tel que l'image renvoyée par la voix de sa mère.

Dans ces deux situations, le mot "miroir" devient une pure métaphore.

 

De manière concrète, on peut dire que:


 

  • mon JE , ici, dans mon vécu habituel, qui est un vécu peu formalisé, syncrétique c'est à dire global et confus


 

  • est confronté à MOI, là-bas, aperçu clairement, visiblement, de l’extérieur, dans une image


 

  • et c’est la voix parentale, si possible bienveillante pour que j’aime et apprécie ce Moi, qui m’indique que ce MOI que j’aperçois et visualise est en réalité une extension de mon JE perçu intérieurement


 

J’ai à résoudre ce dilemme en intégrant le MOI dans le JE, ce qui me permet dès lors d’avoir une identité plus large.


 

EXEMPLES TECHNIQUES

Revenons à la TBSI : Lorsque le patient arrive en consultation, il arrive avec son propre système basé sur ses expériences et tout ce qui en a découlé, c'est à dire ses croyances et ses valeurs.

Jean-Marc Henriot a proposé l'image de l'arbre développemental : nous sommes bâtis à partir de nos expériences, desquelles vont découler nos croyances, nos valeurs, notre filtre et nos comportements. Pour l'illustrer, il donne l'exemple suivant :

- si j'ai pour expérience de base un abandon précoce, je vais avoir comme idée, comme croyance, que l'amour ne dure pas.

La valeur qui va en découler est que je dois m'accrocher pour que l'amour dure, je dois y faire attention car il est fragile et je peux le perdre à tout instant.

Mon filtre va être : est ce que l'autre est sur le point de m'abandonner ? Je vais interpréter tous ses faits, gestes et paroles comme étant possiblement en train de m'abandonner.

Je vais alors avoir pour comportement soit d'être très collé à l'autre de peur de le perdre, soit de prendre de la distance afin de me protéger de l'abandon qui risque d'arriver.

Cela va forcément induire des réactions chez mon partenaire qui vont me confirmer qu'effectivement l'amour ne dure pas, et cela va finalement avoir pour effet de valider ma croyance.

En fait, un système adopté l'est toujours de la même façon. Parfois la solution appliquée amplifie le problème: par exemple, j'ai peur que l'autre me quitte, alors je le colle. Plus j'applique ma solution, plus le problème s'aggrave finalement... mais c'est MA solution. Le thérapeute va devoir faire découvrir au sujet une autre solution, cette nouvelle expérience pourra alors s'intégrer dans l'arbre développemental et induira par la suite de nouvelles croyances, valeurs, et de nouveaux comportements.

Le fait que le sujet ait son propre système a pour avantage de le tenir et de lui donner un Moi fort, mais a pour inconvénient d'avoir assez peu de souplesse pour s'adapter à un potentiel changement qui serait venu le déstabiliser. Devant une difficulté, la personne va appliquer les solutions issues de ses croyances et de ses schémas. La plupart du temps cela sera efficace. Mais parfois les solutions adoptées (pousser la porte au lieu de la tirer pour l’ouvrir) sont inadéquates à la situation rencontrée. Et, dans ce cas, plus elle va appliquer la solution issue de son système, plus cette énergie inutile amènera la perte de l’espoir et de la confiance en ses propres capacités. Cela va donc encore plus la déstabiliser.

Ainsi, elle arrive souvent en consultation dans un état helplessness (elle a perdu confiance en ses capacités et dans le fait que d'autres puissent l'aider) et hoplessness (elle a perdu l'espoir de réussir à s'en sortir) et il va falloir faire évoluer ces deux points.

Par ailleurs, on connaît bien la force de l'effet Rosenthal, ou Pygmalion , que l'on appelle également Prophétie auto-réalisatrice et nous allons nous en servir en TBSI pour renforcer les capacités du patient. En effet, la position du thérapeute est pour beaucoup dans l'effet Pygmalion qui va aider le patient à se retrouver quelqu'un de bien et de compétent. D'où la nécessité que le thérapeute soit convaincu de la tendance fondamentale à la croissance et au développement de son patient. Qu'il ait de lui une vision inconditionnellement positive, qu'il croie en ses capacités de changements et en ses ressources, qu'il ait confiance en ses forces d'autodétermination et de liberté de choix. Cependant, les capacités du patient devront rarement être soulignées directement pour ne pas provoquer la résistance.

Boris Cyrulnik, en développant le concept de résilience, explique combien le regard que l'on porte sur l'enfant va influer sur la manière dont il va ensuite se développer et évoluer. Si on voit en lui un casseur de cailloux ou un bâtisseur de cathédrale cela n'aura pas la même influence.

Quand on a une cathédrale dans la tête, on ne casse pas les cailloux de la même façon, mais surtout on donne du sens à nos pensées, à nos actes et donc à notre vie.

De la même manière, le regard du thérapeute sur son patient influera sur son évolution et son développement.

Alors en thérapie, quels outils pouvons-nous utiliser pour cela ?

  • les connotations positives, le plus souvent plutôt indirectes : on souligne ce que la personne a réalisé

  • le « woaouh » admiratif face à tout changement. On met ici l’accent sur les capacités que cela suppose être déjà existantes mais non perçues. Ces connotations positives vont valider ce qui est important pour le patient, confirmer ses succès et ses points forts, et faire naître l'espoir

  • le « comment avez-vous fait ? », qui est alors une connotation positive indirecte va d'une part permettre au patient de verbaliser la manière dont il a procédé pour arriver au changement qu'il apporte, ce qui va lui faire mettre à jour ses capacités, mais également va activer l'effet Rosenthal dont nous avons parlé tout à l'heure : je sais faire ça, j'ai pu faire ça, je suis capable de....

Cela suppose de la part du thérapeute de laisser tomber ses propres opinions et d'admirer les capacités de la personne, quelles qu'elles soient.

  • l’échelle du problème va surprendre le JE du patient lui faisant apercevoir le MOI existant. Il s'agit ici de demander au patient de positionner son problème sur une échelle de 0 à 10 : 0 il est complètement empêtré dans son problème, et 10 il en est complètement sorti. Cela a pour avantage de faire percevoir au sujet qu'il existe une énergie positive que la personne ne percevait pas, même s'il est à 1 ou 2. En effet, on va travailler alors ainsi : « mais comment avez-vous fait pour n’être pas à 0 mais en être à 1 ou 2 ? »

 

  • Pour l'exploration des exceptions, on va demander au patient : "est ce qu'il y a eu des moments où le problème ne s'est pas produit?" Cela permet au patient de prendre conscience qu'il existe des exceptions : il y a eu dans sa vie des expériences passées où le problème n'est pas apparu alors qu'on aurait pu s'attendre à ce qu'il surgisse.

" A un moment donné je n'étais pas dans le problème et j'ai su faire, ah oui, je sais faire"...Il prend conscience de ses succès actuels ou passés, il découvre des points forts que le thérapeute va mettre en exergue. Cela permet à la personne de se représenter précisément ses compétences et attitudes dans ces moments-là.

 

  • la question miracle : ici on va dire au patient : "Supposons qu'un miracle se produise et que vos problèmes soient résolus, comment c'est dans votre vie, qu'est ce que vous faites...." et on fait développer et explorer cette situation miracle.

La question miracle est vraiment le miroir de ce qui va devoir être intégré. Cela va permettre d'explorer, d'expliciter, de trouver les possibilités que recèle le patient et de construire quelque chose à partir de celles-ci. La question miracle oriente vers le futur, vers une vie plus satisfaisante, et permet au patient de penser à un choix illimité de possibilités. Le processus d'exploration conjointe patient / thérapeute va permettre au patient de s'approprier le changement et qu'il ne rentre pas dans la dépendance envers le thérapeute.

 

  • enfin, la tâche, que nous ne désignerons pas ainsi mais plutôt sous l’appellation « expérience à faire ». On va chercher, avec le patient, une nouvelle petite expérience qui va être vécue par lui et qui va permettre de nouvelles croyances, nouvelles valeurs etc... Elle va non seulement permettre à la personne de visualiser qu'elle peut faire autrement, mais elle va effectivement mettre en œuvre et vivre cette nouvelle petite expérience qui va entrer dans son arbre développemental.


 

REJEU DU STADE DU MIROIR DANS LA CURE TBSI

Pour revenir au stade du miroir, on peut tout à fait comparer ce processus au travail que nous effectuons en TBSI pour permettre au patient de VOIR les capacités dont il est porteur et d’INTEGRER les changements que ceux-ci permettent. Pour cela, il est nécessaire de faire une synthèse entre JE et le MOI perçu par les autres. La distance entre le ressenti qui est flou et quelque chose de plus élaboré.

En TBCS on offre à la personne la possibilité de visualiser un autre aspect d'elle-même et d'augmenter son sens identitaire. La TBCS reproduit, sans l’avoir théorisé ainsi, l'expérience identitaire qui découle du stade du miroir. En effet, la TBSC ne va pas se centrer sur le problème mais sur les capacités et compétences du sujet qui est souvent porteur, sans le savoir, de solutions nouvelles.

  • son JE, est englué dans une vision limitée et obstruée du problème et des attitudes à avoir pour le résoudre. Il ne voit plus comment s’en sortir.


 

  • les outils utilisés (échelle du problème, exceptions, question miracle, comment avez-vous fait, woaouh) ont tous pour caractéristique de permettre au patient de visualiser, percevoir, voir des formes auparavant non reconnues et qui ont les caractéristiques d’être :

    • déjà là (c’est donc MOI !)

    • non reconnues auparavant (je ne pensais pas que 2 sur l’échelle supposait ces capacités en moi, déjà existantes), découvertes comme utilisables puisqu’existantes

 

Tout comme la mère devant le miroir, le thérapeute va permettre au patient de s'approprier le changement et faire en sorte qu'il ne rentre pas dans la dépendance envers le thérapeute. Cela peut faire penser cette fois-ci au processus d'attachement dans le fait que, c'est seulement une fois que l'enfant aura mis en place un attachement suffisamment sécure auprès de sa figure d'attachement, qu'il en aura éprouvé la solidité, qu'il pourra alors, en général après l'adolescence, se détacher en toute sécurité pour voler de ses propres ailes. C'est un peu pareil en TBSI, le patient pourra finalement, après avoir éprouvé la solidité de l'alliance avec le thérapeute, s'être assuré de ses compétences au travers du regard du thérapeute qu'il pourra ensuite, établir son SA1 (système à 1, par opposition avec le SA2) comme l’expliquera Pascale Lemay dans son intervention.

  • en somme le JE englué et ayant perdu ses formes (hopeless, helpless) découvre qu’il est MOI là-bas, visible, repérable, grâce à la voix du thérapeute qui se caractérise par :

  • la bienveillance discrète

  • et une certaine fermeté pour bien garder le regard sur ce MOI existant mais non reconnu précédemment, la ténacité à ramener la personne sur ELLE lors des entretiens.


 

Le patient va alors découvrir ses propres capacités mésestimées et oser ainsi s’aventurer ailleurs que sur les sentiers battus (et inefficaces) de ses solutions habituelles. La mobilisation de ses forces, associée à des propositions d’expériences représentant un virage à 180° (comme nous avons vu dans la BD : il tire la porte au lieu de la pousser), donnera alors un puissant mouvement de changement.


 

CONCLUSION

En conclusion, on peut dire que les Thérapeutes américains ont une particulière facilité à découvrir ce qui marche, en l'occurrence la TBCS pour ce qui nous concerne, sans forcément avoir les clés théoriques que nous affectionnons en Europe. Cela présente l’inconvénient que, parfois, de belles découvertes comme la TBCS sont négligées, semblant trop simples, et c'est bien dommage...

Ainsi, un passe-partout semble ouvrir bien des portes : celui de l’attitude d’un thérapeute consistant à :

  • être confiant dans les capacités du patient. Le patient fait du mieux qu'il peut au point où il en est (et donc ses symptômes sont une tentative de solution), il est porteur de capacités qui lui permettront de sortir de l'impasse

  • être centré sur le dégagement et la mise à jour de celles-ci, quitte à les exhumer

  • et veiller à ce que le processus d’appropriation ait lieu (c’est bien MOI là-bas qui suis porteur des capacités que JE ne savais pas vraiment avoir à ma disposition)

Alors, ce qui s’ensuit, chez le thérapeute, c’est :

  • le respect, accompagné de l’intime conviction qu’il y a quelque chose à faire

  • et ceci se verra par les connotations positives sur les capacités et les forces de changement

Sous condition de toujours reformuler le négatif (vécus douloureux, résistances) et de valider le vécu du patient, le thérapeute peut aider le patient à trouver ou retrouver ses propres capacités et à oser alors ouvrir la porte des nouvelles solutions.

Je pourrais alors conclure sur le fait qu'en TBSI on ne se centre pas sur le problème du patient mais sur les compétences et les capacités dont il est porteur sans le savoir. Pour ce faire nous utilisons un positionnement en relation d'équivalence, qui sera évoquée dans une autre intervention lors de cette journée, dans une alliance respectueuse qui implique l'humilité, le respect, la bienveillance et la coopération.

Les différentes approches que nous mettons en œuvre redonnent espoir et confiance et permettent d'envisager de nouvelles solutions. Le patient change ainsi sa façon de traiter son problème et trouve des solutions libératrices qu'il va s'attribuer pleinement. En quelques séances, il repart avec force et confiance.

Maintenant que j'arrive à la fin de cette présentation, si je reprends la citation de Marcel Proust que vous ai proposée au début : "Le voyage d'exploration ne consiste pas à rechercher des terres nouvelles, mais à voir avec un regard neuf" devient j'imagine particulièrement parlante.

J'aimerais apporter une ouverture à la fin de cet exposé : Pourrait-on dire que ce passe-partout est aussi utile en pédagogie qu’en psychothérapie?

Comme je l'ai dit au début de cet exposé, je suis psychologue de l'équipe du centre de formation de Hand Ball du club de Toulon-Saint-Cyr. Il s'agit de jeunes filles âgées de 18 à 22 ans environ et qui sont à la fois en formation pour devenir handballeuses professionnelles et qui font partie de la réserve de l'équipe de Division 1 du club. L'entretien psychologique d'entrée est depuis cette année un examen obligatoire au même titre que l'examen médical, kiné, diététique ... Au cours des premiers entretiens, elles ont pu évoquer à la fois leur joie d'avoir été recrutées au centre de formation, leur fierté mais également leurs craintes, leurs doutes, l'anxiété de performance qu'elles peuvent connaître avant certains match, lors de sélection internationales également, le burn-out pour certaines (8 à 9 entraînements par semaine + les matchs au niveau national donc avec des déplacements importants).

Certaines jeunes joueuses ont déjà été confrontées à ce genre de difficultés et affirment pour la plupart d'entre elles qu'elles essayent dans ces moments-là :

- de se préparer plus et mieux aux matchs ce qui finalement augmente l'anxiété de ne pas être prête et aboutit à un match catastrophique

- de ne pas montrer leur anxiété ou leurs craintes au coach en faisant "comme si de rien n'était"

Finalement, elles disent elles mêmes que plus elles appliquent leurs solutions moins leur inquiétude disparaît, et cela peut parfois les conduire à se blesser (éviter le match?) à refuser de jouer, et pour certaines à s'éloigner de la compétition un certains temps (parfois définitivement)... Mais cet éloignement n'est pas forcément analysé comme ayant eu pour résultat de les ressourcer mais plutôt d'avoir fui le problème qu'elles retrouvent ensuite.

Il sera sûrement très intéressant d'appliquer le passe partout ici, dans les conduites d'entretien avec ces handballeuses et c'est un travail expérimental que je me propose de conduire cette année. La TBSI leur sera vraisemblablement extrêmement utile pour stabiliser la sécurité interne quant à leurs capacités et compétences. Une aventure à suivre !

 


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