GUERISON ET TBSI

 

Journée d’Etude du 26 Septembre 2015 Bordeaux

 

LE  SYMPTOME,  NOTRE  MEILLEUR  ALLIE

 

D’une façon générale, semble-t-il, les soignants adoptent une sorte de double langage, de double attitude un peu contradictoire, vis-à-vis du symptôme.

 

Tous semblent bien d’accord pour en reconnaître la valeur de signal, la valeur de messager, et pourtant beaucoup vont ensuite s’efforcer de le faire disparaître, comme si c’était lui le problème principal. Parfois parce qu’ils n’ont pas pu percevoir le sens du message, parfois parce que la personne qui consulte (que nous appellerons « le consultant ») fait fortement pression dans ce sens.

 

Voyons donc que ce que nous pouvons comprendre, et faire, dans le rapport avec le symptôme.

 

DEFINITION

 

Tout d’abord des définitions. Le symptôme est un signal d’alarme. Il indique que quelque chose se passe, qui nous met en danger, et il signale que nos systèmes protecteurs sont dans la nécessité de se mettre en action. Freud utilise la métaphore suivante : le symptôme c’est l’alarme qui nous indique par exemple que des voleurs cherchent à pénétrer dans la maison. En poursuivant la comparaison on pourrait dire que les hurlements de la sirène d’alarme font à la fois peur et à la fois souffrir les oreilles des habitants. Cependant mettre du coton dans les sirènes d’alarme, pour éviter leurs hurlements, et permettre ainsi de se rendormir, serait certainement la pire chose à faire.

 

Au-delà de son sens de signal d’alarme, le symptôme indique une lutte, un conflit entre deux parties. Si j’ai de la fièvre, c’est que mon corps réagit et qu’il lutte contre l’infection. La fièvre n’indique pas la maladie mais le fait qu’une lutte est en train de se dérouler à l’intérieur de moi.

 

Le symptôme révèle donc aussi un conflit entre deux parties et nous verrons que ce thème de « deux parties en conflit » donne une voie royale dans le domaine psychologique.

 

Enfin, après le sens de signal d’alarme, et celui de conflit en cours, le symptôme a pu être défini comme une formation de compromis : un compromis signalant par exemple ce que la partie interdite d’expression cherche à dire, et en même temps montrant le travail des mécanismes de défense contre cette expression. Pour prendre un exemple un peu simpliste, mon mal de dos peut à la fois manifester qu’une partie de moi n’en peut plus d’une situation relationnelle, et à la fois révéler qu’une autre partie de moi refuse absolument de voir cela et cantonne au somatique la difficulté ressentie, pour éviter de percevoir le problème relationnel. Du coup le symptôme signale le problème mais le masque en même temps, et reste donc peu compréhensible consciemment.

 

COMPLICITE  DU  SYSTEME

 

Et, s’il est difficile à comprendre, c’est qu’une partie de nous-mêmes, partie majoritaire au pouvoir, veille à empêcher l’expression d’une voix interdite.

Essayons d’illustrer cela par un exemple, synthèse de plusieurs cas du même genre. Cette femme que nous appellerons Marie a développé une grande capacité à arrondir les angles, à être diplomate, à éviter les conflits. Elle est facile à vivre et cherche à faire plaisir. Son entourage l’apprécie et elle se sent bien. Mais sa nouvelle supérieure hiérarchique lui fait subir des injustices douloureuses, et malgré ses stratégies habituelles, Marie n’arrive pas à faire évoluer les choses avec elle.

 

En fait la partie reniée en elle-même, celle qui n’a pas droit de cité, celle que Marie refuse consciemment et inconsciemment d’utiliser, cette partie agressive se trouve être fortement stimulée par la situation nouvelle.

 

Marie entre alors dans un conflit interne : une partie d’elle, minoritaire reniée, voudrait dire clairement, fortement, agressivement que les injustices doivent cesser. Mais une autre partie, majoritaire, en place au pouvoir depuis bien longtemps, refuse d’écouter cette minorité interdite. Ainsi, là où une autre personne aurait utilisé cette agressivité pour dire et faire le nécessaire, Marie, elle, entre en conflit interne. Plus la situation stimule son agressivité interdite, plus elle entre en conflit intérieur entre elle et elle : ceci se manifeste par un symptôme. Au lieu de se sentir et de se montrer agressive, Marie devient de plus en plus… angoissée. L’angoisse, comme la fièvre, indique un conflit intérieur. Mais à la différence de la fièvre l’angoisse indique une lutte entre soi-même et soi-même, entre Marie qui voudrait être en colère et Marie qui tient beaucoup à son statut de gentille-fait-plaisir. À cette angoisse s’ajoute bientôt la fatigue, due à ce conflit interne épuisant.

 

Que va-t-il se passer ? Avec le temps non seulement l’angoisse augmente, du fait de la situation qui perdure, mais de plus Marie commence à s’affoler d’avoir tous ces signes d’angoisse. Elle rumine. Et sa rumination l’empêche de dormir. Elle se demande pourquoi ça lui arrive ainsi et si elle ne serait pas un peu folle ou malade. Elle pense que peut-être sa nouvelle chef l’angoisse mais elle ne voit pas trop comment en sortir. Un médecin lui prescrit des anxiolytiques, des antidépresseurs, et quelques somnifères mais Marie continue malgré tout à se sentir mal. Elle a des palpitations, consulte un cardiologue : « rien de grave » lui dit-on mais les réactions de son corps l’inquiètent de plus en plus et un arrêt maladie s’impose. Cet arrêt la soulage, au prix toutefois d’une augmentation de son sentiment d’incapacité, et de l’impression d’être désormais une « malade ». Bref : de plus en plus éloignée du traitement adéquat de ce qu’indiquait le signal-symptôme, elle va de plus en plus mal, et somatise de plus en plus même si les soignants divers lui disent que « c’est simplement nerveux ».

 

VIRAGE  A  180°

 

En somme ce conflit interne, et le cercle vicieux qu’il entraîne, amenant toujours plus de souffrance, tient au fait que, face a une situation déstabilisante, Marie applique les recettes qui sont les siennes habituellement, alors que celles-ci ne marchent pas, ne sont pas adéquates dans ce cas de figure. Elle a beau faire, à l’intérieur de ses convictions et comportements habituels, la solution, la sortie de crise ne se trouve pas de ce côté. La solution, la sortie de crise, suppose un virage à 180° et l’acceptation d’entendre et d’intégrer une partie auparavant reniée : celle qui oserait une saine agressivité.

 

Mais, ce qui rend difficile l’adoption de cette nouvelle attitude, c’est que celle-ci ne colle pas avec l’image identitaire que Marie a d’elle-même. Peut-être, par exemple, qu’oser se montrer agressive lui donnerait l’impression de devenir comme une de ses sœurs vis-à-vis de laquelle elle a pris un total contre-pied. Bref quelle que soit la raison Marie ne veut pas entendre cette partie reniée d’elle-même qui cherche à se manifester.

 

Or, elle ne le sait pas encore, elle aurait tout intérêt à dénouer cette crise en intégrant un aspect d’elle-même jusqu’alors refusé et interdit, et que le symptôme signale. Au lieu de lutter contre cette agressivité en elle, imaginons que (par exemple avec l’aide d’une thérapeute) elle commence à lui donner une certaine place, alors elle va passer « d’angoissée » à « en colère » et perdre ainsi les angoisses qui l’inquiétaient tant auparavant. Elle va alors faire des découvertes et des expériences très instructives, riches de sens, débouchant sur une identité plus large et plus complexe, et même sur une nouvelle vision du monde. En effet :

 

  1. Premièrement, elle découvre que munie d’une certaine agressivité elle peut poser beaucoup plus facilement des limites. Auparavant elle était obligée de déployer des trésors d’imagination et d’astuce pour que la personne en face puisse respecter certaines limites non clairement affirmées. Elle devait manipuler, plutôt que dire d’une façon carrée. Et c’était à la fois plus aléatoire, plus incertain, et plus fatigant
  2. Deuxièmement, elle découvre qu’en plus de poser des limites, maintenant mieux respectées par les autres, elle peut aussi affirmer plus nettement ses désirs et sa propre personnalité, et ceci est une expérience bien gratifiante.
  3. Troisièmement. Désormais, ô surprise, le monde autour d’elle devient moins agressif, plus agréable, plus facile à vivre. Le monde change ! Comment est-ce possible ? C’est que, auparavant, démunie de ses propres capacités agressives
    • d’une part elle se sentait facilement menacée, se cantonnant alors dans un cercle connu et apaisant
    • d’autre part elle projetait sur les autres cette agressivité interdite, ce qui les faisait apparaître, ces autres, plus dangereux qu’ils n’étaient

 

Là, tout au contraire, elle se sent désormais moins menacée puisque capable de disposer de ses propres armes, et elle ne voit plus les autres surchargés de sa propre agressivité refoulée. Bref, « bizarrement » le monde change et devient plus doux. Même son mari change ! Incroyable.

 

En somme… face à la crise et aux symptômes qu’elle entraîne, deux voies s’offrent à Marie. Soit essayer de faire disparaître le symptôme : anxiolytiques, somnifères, relaxation, pensée positive, oubli, addictions (alcool, jeux, etc.)… Soit accueillir le symptôme et chercher quel en est le sens. Mais cette deuxième option suppose fréquemment une aide extérieure car dans la lutte entre soi-même et soi-même nous sommes secrètement en accord avec la partie majoritaire, celle qui veut empêcher le surgissement de la partie refusée.

 

Cette deuxième option semble plus exigeante : rester avec le symptôme douloureux, tenter d’en saisir le sens, accepter l’idée que cette quête va nous mener là où nous n’aimerions sans doute pas aller. Mais cette voie aride permet une libération et un renouveau des capacités de la personne. Et le symptôme disparaît alors, sans qu’on ait eu à lutter contre lui.

 

Entendons-nous : dans ce cas de figure c’est la partie porteuse d’agressivité qui a besoin de trouver une petite place. Dans d’autres configurations, cela pourra tout aussi bien déboucher sur l’intégration d’un aspect autrefois refusé tel que la diplomatie, la douceur, demander sans exiger, etc.

 

Peu importe. Ce qui compte c’est que la personne va élargir son champ de possibilités dès lors qu’elle aura respecté le symptôme et accueilli avec bienveillance ce messager porteur de douleur.

 

Ainsi Marie peut-elle alors non seulement garder son aspect fluide, qui met de l’huile dans les rouages, mais aussi utiliser au besoin le côté rugueux et carré lorsque c’est nécessaire. Elle est devenue plus complexe, grâce au travail initié par le symptôme.

 

Ceci rejoint les travaux d’un psychologue américain nommé Al Siebert, qui a étudié le profil psychologique des survivants, ceux qui s’en sont sortis dans des conditions extrêmes. Il a dégagé le fait que ceux-ci étaient complexes, pouvant être par exemple durs ou doux, confiants ou méfiants, autonomes mais capable de demander de l’aide, etc. Bref ils disposent d’une palette variée de traits de caractère et de comportements, qui donne plus de chances à la possibilité d’une réaction créative. En particulier, ils pouvaient aussi bien s’appuyer sur leurs expériences antérieures que laisser complètement celles-ci de côté (avec leurs anciennes solutions) et se comporter comme des débutants innocents.

 

En résumé le symptôme, l’angoisse, le malaise nous invitent à nous y prendre autrement. Nous invitent à donner de la place à des aspects de nous-mêmes habituellement refusés. À devenir plus complexes. Au fond la crise et le symptôme sont des opportunités de changement.

 

En fait nous évoluons par crises : lorsqu’un mode de fonctionnement, intérieur ou relationnel, a été trouvé et établi, il met en place des systèmes pour se maintenir d’une façon homéostatique. Pendant quelques années cela fonctionne bien. Puis arrive un moment où ce modèle devient de moins en moins adapté à la situation, qui a évolué. La crise est alors la période tendue où l’ancien système cherche à se maintenir et où la pression de nouvelles attitudes nécessaires se fait de plus en plus forte. La sortie de cette crise, de ce conflit, passe par une nouvelle organisation qui, elle-même, établira ses nouveaux systèmes homéostatiques, devenant opérationnelle et apaisée pendant quelques années.

 

En ce sens toute crise est une chance. Un passage douloureux mais nécessaire débouchant sur une nouvelle phase adaptative. Et si la crise est une chance, parallèlement le symptôme est à accueillir et à respecter, car le travail concernant son message va nous permettre la sortie de crise.

 

 

LES  THERAPIES

 

Sur ce point, du respect du symptôme, qui est à considérer comme indicateur de la solution, nous allons constater des différences entre les approches thérapeutiques. En gros on pourra trouver des thérapies recouvrantes, des thérapies découvrantes, et des thérapies uniquement axées sur le changement.

 

Les thérapies recouvrantes

 

Les thérapies recouvrantes vont favoriser la lutte contre la douleur et le symptôme. Elles vont s’efforcer d’amener un apaisement, de calmer le jeu, d’induire une vision positive et relaxante, de trouver un équilibre en sortant des pensées ou comportements négatifs, de chercher un pansement recouvrant.

 

D’une certaine manière ce sont elles qui répondent le plus directement à la demande du consultant. Celui-ci vient avec l’attente nettement exprimée d’arrêter de souffrir. Le thérapeute va répondre par une action, ou par des propositions visant à calmer la douleur, à apaiser les angoisses, à sortir de la fatigue, à retrouver le sommeil.

 

Cette façon de faire semble à la fois naturelle, logique, et adaptée à la demande. Mais en fait elle va se révéler bien souvent soit inefficace car les soubassements du symptôme sont tenaces, soit trop bien efficace faisant disparaître un signal utile et nécessaire.

 

Aussi désagréable, handicapante, parfois insupportable qu‘elle puisse être, la douleur physique ou psychique est un signal d’alarme indispensable. On sait bien, par exemple, que dans l’anomalie génétique conduisant à une « analgésie congénitale », la personne qui ne ressent donc aucune douleur est en sérieux danger de se brûler ou de se couper très gravement par exemple.

 

Mieux même : il est parfois indispensable de rester avec cette douleur pendant le temps nécessaire pour que celle-ci suscite en nous-même le travail d’évolution et de cicatrisation nécessaire. C’est le cas du deuil, par exemple. Vouloir faire bonne figure, vouloir maîtriser sa peine ou la faire disparaître à coup d’antidépresseurs présente bien souvent comme conséquence l’installation d’un deuil interminable. La douleur, la violence des affects, ayant été mises au congélateur, celui-ci les conserve intactes et gelées, et toute occasion de décongélation ramènera la situation de deuil exactement au point où elle a été laissée. 10 ans plus tard ce deuil sera là, intact, non terminé, n’ayant pas évolué et attendant d’être enfin vécu jusqu’au bout. Bref, à vouloir empêcher la traversée du désert, la traversée de la douleur, on aura maintenu celles-ci non achevées. C’est un « unfinished business » comme disent les Américains, et on sait que ces unfinished business restent en nous, avec leur toxicité, aussi longtemps qu’ils ne sont pas… terminés, finished. Si vous voulez être porteur d’un deuil interminable, évitez de vivre celui-ci à fond et dans la douleur intense au moment où il a lieu. Ce n’est pas pour rien que de multiples civilisations ont instauré le rituel des pleureuses, ces femmes dont les cris de désespoir favorisaient chez l’endeuillé l’accès à sa propre douleur. Il pouvait ainsi  laisser monter sa tristesse et cohabiter avec sa peine, sa désolation, son affliction durant un temps suffisant, le temps comme on dit de « faire son deuil ».

 

En somme la tentation reste forte pour nous tous de faire disparaître la douleur le plus vite possible. Anthony Robbins dans un de ses livres de PNL se vante de pouvoir faire sortir d’un deuil en trois jours, en manipulant les images et les signifiants. Et je pense au cas de ce médecin prescrivant des antidépresseurs à une patiente qui allait subir un deuil dans sa famille, prescription préventive ! Dans notre école, dans notre perspective psychothérapique ces mises au congélateur sont mal venues. Il n’est pas sain non plus de vouloir plaquer du positif sur une situation détériorée, un peu comme si on mettait un plâtre sur une blessure, au risque que celle-ci s’infecte.

 

Évidemment il n’est pas question de faire l’apologie de la douleur, et lorsque celle-ci devient carrément handicapante une action pour la diminuer s’avère nécessaire. Mais gardons à l’esprit que la sortie se trouve ailleurs que dans la lutte contre le symptôme douloureux.

 

Les thérapies découvrantes

 

La recherche de la cause sous-jacente est plutôt l’option adoptée par les thérapies découvrantes. Pour elles, ce qui importe, c’est d’aller à la racine du symptôme, à la perception des parties en conflit, comme nous l’avons vu tout à l’heure. Avec le but de régler ce conflit au mieux des intérêts des parties en lutte.

 

Il s’agit donc pour elles de ne pas s’arrêter à la première lecture, celle qui semble sauter aux yeux. En effet cette première lecture réfère généralement à une cause supposée extérieure… faisant l’impasse sur le conflit interne provoqué par cette cause apparente, et masquant celui-ci.

 

Par exemple cette maman, que nous appellerons Jacqueline, vient consulter car elle est extrêmement fatiguée, et elle explique avoir accouché il y a quelque temps d’un troisième enfant, une fille après deux garçons. Ses raisons semblent logiques et extérieures : l’inévitable fatigue due aux soins d’un bébé, la reprise du travail qui se profile, etc. Pourtant il apparaît qu’avec ses deux premiers bébés ceci n’avait pas eu lieu et que d’une façon générale cette femme, très sportive, jouit d’une santé de fer. Là, elle a pour la première fois de sa vie posé un arrêt maladie de 15 jours et se sent avec peu de forces, un peu déprimée. La tentation naturelle, recouvrante, serait de lui dire de se reposer, de se reprendre en mains lentement, etc. Alors qu’il sera visible dès la deuxième séance que cette femme, qui se retrouve maman d’une fille pour la première fois, a vu se poser en elle la question de l’identification à sa propre mère. Elle était la fille de sa mère jusqu’à présent, elle devient désormais la mère de sa fille. Et se réveille alors en elle l’identification à cette mère fatiguée et dépressive. La lutte se situe en elle-même, entre la femme battante et sportive qu’elle a été jusqu’à présent et la femme fatiguée et déprimée qu’elle serait censée devenir, maintenant qu’elle est mère d’une fille.

 

Bref l’accès à ce conflit interne résoudra très vite ces questions, alors qu’une lente tentative pour remonter la pente aurait été minée en permanence par ces enjeux non perçus.

 

On trouvera, dans ce domaine des thérapies découvrantes :

 

  • D’une part les thérapies profondes, et souvent longues, telles que la psychanalyse. Elles sont alors centrées sur le « destin », les répétitions traumatiques, liées à l’expression inconsciente d’une partie profondément enfouie, difficilement accessible. La Psychanalyse Rêve Eveillé, plus courte et remarquablement efficace, permet ce travail de refondation d’une façon élégante.

 

  • D’autre part les thérapies courtes, centrées sur la mise à jour du conflit avec une partie interne reniée, et sur la récupération des capacités de celle-ci, capacités auparavant déniées, oubliées, mises sous boisseau. La Thérapie Brève Self Inductive sait permettre au consultant de trouver des voies et des capacités dont il ne se savait même pas porteur à ce point.

 

Les thérapies axées sur le changement

 

Enfin, troisième type de thérapie, les thérapies axées uniquement sur la réalisation d’un changement. Principalement orientées sur la solution et sur la possibilité pour le consultant d’effectuer un virage, dans sa façon de prendre le problème dans lequel il se débat, elles sont fortement influencées par les études de l’école de Palo Alto (stratégique) et des mouvements psychothérapiques qui en ont découlé.

 

Elles ont eu le très grand mérite de montrer que pousser la personne vers le changement se révèle généralement contre-productif et suscite soit la résistance soit l’assujettissement.

 

Être à la fois en position basse, et non pas l’expert qui sait, et à la fois plutôt freinateur du changement au moment même où celui-ci commence à être envisagé, ces deux attitudes : position basse du psy et freinateur du changement, ne sont pas « naturelles » pour la plupart des soignants. En effet en leur a appris à être, tout au contraire, plutôt l’expert qui aide au changement et pousse dans ce sens. C’est-à-dire exactement l’opposé des propositions qui ont été mises au point par les thérapies du changement.

 

Avouons qu’il faut une solide expérience concernant l’efficacité de cette pratique avant de pouvoir aisément et spontanément freiner le changement au moment même où le consultant s’engage dans la voie libératrice ! Et pourtant rien de plus logique lorsqu’on a compris et surtout expérimenté que tout changement envisagé par la personne suscite intérieurement, en sous-main et en secret, des forces de frein au changement. Il y a un conflit larvé entre les forces d’accélérateur qui poussent au changement et les forces de frein qui veulent maintenir les choses en l’état. Deux tendances contradictoires : frein et accélérateur. Mais aussi deux protagonistes : le thérapeute et le consultant. S’ils sont en lien étroit, dès lors que l’un se charge d’un des aspects, l’autre se charge de l’autre aspect. Si le thérapeute plaide pour le changement, le consultant reste alors avec l’autre face, les forces de frein. Il «résiste» au changement et le thérapeute cherche à contourner ces « résistances » qui sont, en bonne part, liée à sa propre attitude. Mais dès lors que le thérapeute se charge lui-même des forces de frein, alors c’est le consultant qui reste avec les forces de changement, et il peut les assumer pleinement puisque les forces de frein sont portées par quelqu’un d’autre. Cette répartition des rôles, inconsciente et spontanée, sera d’autant plus nette si les deux membres de cette dyade  sont en relation étroite… premier temps indispensable à toute thérapie.

 

Mais nous y reviendrons, bien sûr, dans cette journée consacrée aux forces de guérison.

 

CONCLUSION

 

En conclusion, je voudrais donc rappeler l’intérêt de respecter le symptôme et de se mettre humblement et habilement à l’écoute de ce qu’il veut dire, du conflit qu’il recèle, des parties du psychisme qui s’affrontent. Si l’on procède ainsi, alors nous découvrons la sortie du labyrinthe, là où on ne l’attendait pas. Sortie qui débouche de fait sur un élargissement des capacités du consultant, et finalement sur une plus grande palette adaptative, une plus grande richesse de personnalité.

 

Tout compte fait nous pourrions dire : « Merci, mon cher symptôme » !

 

Delphine GONNORD en collaboration préparatoire avec Jean-Marc HENRIOT, comme toutes les intervenantes bordelaises de cette Journée

 


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