LA  DANSE  DE  GEMELLITE

Freiner pour avancer

Jean-Marc HENRIOT. Psychologue. Conférence 15 Juin 2014. Paris

INTRODUCTION

 

Nous allons réfléchir ensemble sur le changement et les freins au changement. Tout d’abord que constatons-nous quand les personnes viennent en consultation ? Elles viennent parce qu’elles sont au bout du rouleau : elles ont tenté diverses solutions pour sortir de leurs difficultés et ces solutions n’ont pas permis d’aller mieux. Ce n’est pas tant la douleur qui les fait venir (on peut observer certaines situations extrêmement douloureuses dans lesquelles les personnes impliquées continuent à se débattre parfois pendant des années), ce n’est donc pas tant la douleur qui les fait venir que la perte d’espoir de s’en sortir et la perte de confiance dans leurs propres capacités. Ce que les Américains dénomment hopelessness et helplessness. Ayant perdu l’espoir de sortir de l’impasse douloureuse, ayant essayé des tentatives de toutes sortes, elles se résolvent à consulter.

 

Mais pourquoi n’ont-elles donc pas trouvé la sortie du labyrinthe alors que parfois celle-ci apparaît évidente, et saute aux yeux d’observateurs non impliqués ? C’est une première question.

 

Une deuxième question est la suivante : comment se fait-il que des changements très positifs, attendus parfois depuis longtemps soient suivis d’une grave déstabilisation ? Une promotion ardemment espérée et voilà l’heureux élu qui déprime lourdement. Un couple qui a passé des années à se construire une belle maison, week-end après week-end, et lorsque celle-ci est terminée, ils divorcent. Des vacances, enfin là, et l’on tombe malade, n’arrivant pas à les savourer. Sans parler du passage à la retraite, parfois suivi d’un décès une année plus tard. Ce n’est sans doute pas pour rien que la Française des Jeux offre un soutien psychologique aux heureux millionnaires. Serions-nous à ce point allergique au changement, même lorsqu’il est censé être source de bonheur ?

 

Tous les psys connaissent le paradoxe suivant : le consultant vient pour changer mais il va présenter d’une façon plus ou moins nette une résistance à ce changement auquel il aspire.

 

Et comment donc est-il possible qu’une thérapie brève de quelques séances amène de puissants et profonds changements, dans ces conditions ?

 

REFLEXIONS SUR LE CHANGEMENT dans notre parcours de développement

 

Faisons d’abord un détour en voyant la façon dont nous avons structuré notre identité psychique dans l’enfance.

 

La douleur due aux changements

 

1) première remarque : tous les changements importants, maturatifs, ont été l’occasion d’une douleur. À chaque fois il a fallu affronter la perte d’un premier état pour pouvoir accéder à l’étape suivante.

Pensons au choc de la naissance, ce changement majeur. Perte du paradis de la vie fœtale, nécessaire pour le passage à la vie terrestre. Le sevrage : perte du sein au profit d’une nourriture plus solide et plus autonome. L’apprentissage de la propreté, la découverte de la différence des sexes et de la différence générationnelle. Tous ces passages ont exigé une perte, provisoirement douloureuse. C’est ce que Françoise Dolto a dénommé les castrations symboliques.

 

Changement = douleur et perte.

 

2) deuxième remarque : l’acquisition d’un Moi stable s’est effectuée progressivement. Il a fallu traverser des angoisses importantes et en particulier la première de toutes «l’angoisse de morcellement ». Partir en morceaux, se désintégrer, perdre le liant qui garantit une identité stable et sécure. Logée au fond de nous existe cette peur puisque nous avons tous eu cette expérience.

 

Le changement réveille sans doute une angoisse identitaire.

 

On pourrait se demander alors pourquoi diable avancer et désirer le changement ? Ceci tient à plusieurs points me semble-t-il, et par exemple :

 

  1. l’illusion : la quête phallique, jamais vraiment éteinte ; le désir lié au manque (chercher à le combler) ; l’imaginaire qui peut promettre qu’on trouvera dans le futur ce qu’on a perdu dans le passé ; la fuite de la douleur

  2. le désir d’individuation et l’aspiration à l’autonomie (qui elle-même vient en contrepoint de l’aspiration à la fusion)

 

La structuration de notre identité par le Non

 

Qu’en est-il donc de ce dilemme fusion bienheureuse ou aspiration à la défusion et à l’autonomie. Nous désirons ces deux aspects, ils nous sont tous deux indispensables. Fusion-Autonomie. Or tous deux puisent leurs racines très profondément en nous parce qu’ils renvoient aux bases mêmes de notre expérience identitaire.

 

En effet comment nous sommes-nous structurés, sous cet angle ? Le bébé est incapable de contenir les affect qui le traversent, ainsi que les sensations physiques vécues comme très puissantes et incontrôlables. Il ne dispose pas du langage, ni d’un contenant psychique, permettant de donner une forme à ses vécus, et de les contenir sans être débordé par eux. Il vit alors une expérience, que nous avons tous connus, celle d’être fusionné au psychisme maternel. C’est la mère, elle-même fusionnée aux vécus de son bébé, qui va sentir intuitivement ce qu’il vit et lui permettre de contenir et de donner du sens à ces vécus. Elle lui parle, elle babille. Par exemple elle commence à lui donner le bain, le bébé écarte les bras, crie, elle le rassure avec une voix douce et mélodieuse : « ne t’inquiète pas mon petit, je te tiens bien, tu ne vas pas te noyer, tu peux savourer cette bonne eau bien tiède, regarde comme je tiens ta tête » etc. Que fait-elle dans ces moments ? Elle récolte les vécus, les émotions, les sensations de son bébé et elle lui rend détoxiqués, supportables, non dangereux. On dirait, en psychanalyse, qu’elle lui prête son contenant psychique et que progressivement le bébé va intégrer et structurer son propre contenant psychique.

 

Mais cette phase n’est pas banale : c’est un moment de notre vie où nous expérimentons d’avoir un seul psychisme pour deux corps, celui du bébé et celui de la mère. Winnicott explique cette nécessité en l’appelant « la maladie maternelle » voulant dire par là qu’il faut accepter cette étrange situation d’être deux en un seul. Maladie, entre guillemets, dont elle sortira, au fur et à mesure que le bébé acquiert son propre psychisme.

 

Cette expérience fondatrice est indispensable. Sans elle le bébé meurt ou devient fou. Winnicott écrit la phrase célèbre : « un bébé tout seul, ça n’existe pas », voulant indiquer qu’un bébé sans entourage maternant ça meurt.

 

Donc premier temps indispensable : la fusion des deux psychismes. Cela crée un lien à l’Autre dont nous garderons la trace et cela éclaire sans doute de nombreux écrits psychanalytiques sur la porosité des inconscients, en particulier les écrits des psychanalystes de l’intersubjectivité telle que Thomas Ogden.

 

Temps de la fusion, donc.

 

Mais deuxième temps tout aussi indispensable, si l’on ne veut pas devenir fou, le temps de la défusion, de la distanciation, de la limite entre soi et l’autre. C’est alors la fameuse « phase du non » dont René Spitz a montré que c’était un des organisateurs psychiques. L’enfant de 18 mois à deux ans et demi, parfois plus, c’est-à-dire pendant un temps considérable, va clairement s’opposer à ses parents. Ces Non incessants et catégoriques, ces refus, son opposition se révèlent indispensables pour qu’il puisse s’autonomiser et arriver plus tard, à 3 ans, à dire «je».

 

Qu’en reste-t-il gravé en nous : une force d’opposition aux propositions amenées par autrui, surtout si celui-ci est en position de force (comme l’étaient les parents face au jeune enfant).

 

On commence ici à subodorer pourquoi cette si fréquente « résistance au changement » peut être liée au transfert d’une situation infantile. Transfert accentué nettement lorsque l’interlocuteur est en position de force, en position haute, donneur de belles idées, belles interprétations, belles et bonnes suggestions quant aux solutions qui devraient être adoptées. Etc.

 

En résumé :

 

  1. Le changement représente une certaine menace. On sait ce qu’on a, on ne sait pas ce qu’on trouvera. Ne risque-t-on pas de graves conséquences ? Et cela mène souvent à l’immobilisme. Je me rappelle avoir été frappé par un reportage sur l’assèchement du lac Tchad : les populations restaient accrochées à ce lieu devenu mortifère plutôt que se déplacer une centaine de kilomètres plus loin où elles auraient trouvé fruits et végétation.

  2. La proposition de changement, faite par l’autre, suscite le Non (pas forcément manifesté clairement) car elle porte le risque de se perdre identitairement.

 

LE VIRAGE A 180° DE L’ECOLE PALO ALTO

 

Compliquons encore la difficulté. Non seulement le changement, qui serait nécessaire pour sortir de l’impasse, est une démarche difficile mais de plus il faudrait que ce soit un changement représentant un virage à 180°. La sortie du problème se situe généralement à l’inverse des solutions précédemment adoptées. Autrement dit, il faudrait que la personne fasse l’inverse de ce qu’elle essaye pour résoudre son problème. Exemple : son mari s’éloigne, elle le colle de plus en plus, y compris amoureusement, et… il s’éloigne encore plus. L’idée même de s’éloigner de lui, pour qu’il sente le manque, l’inquiétude, et qu’il se rapproche, serait presque impensable. Et pourtant ce serait souvent la solution qui changerait l’interaction problématique.

 

Pourquoi un virage à 180° est-il si difficile à envisager lorsqu’on est en train de chercher sa solution tout seul ? Parce que nous cherchons à l’intérieur de notre cadre de référence. Or celui-ci n’a pas prévu les cas de figures qui sont hors de son champ d’action. Nous nous sommes développés un peu à la manière d’un arbre. À partir des racines que sont nos expériences, nous avons établi progressivement des croyances, convictions, certitudes. Qui elles-mêmes vont établir ensuite des valeurs, des filtres perceptifs, et des comportements liés à ces filtres. Ces comportements provoqueront bientôt l’auto validation de tout le reste puisque la « réalité », entre guillemets, me confirmera que ce que je croyais est bien vrai.

 

Je ne développerai pas outre mesure ce point bien connu, sur la réalité, et parfaitement argumenté par les penseurs de Palo Alto, par exemple dans le livre «La Réalité de la réalité ». La réalité c’est avant tout ma carte du monde ; et cette carte du monde me permet certaines solutions, certaines attitudes, mais pas d’autres. À l’intérieur de cette carte du monde qui est la mienne je vais tenter des tas de solutions diverses, c’est ce qu’on appelle les changements de niveau 1. Je change divers paramètres contenus dans mon espace de croyances, mais comme je reste dans le même cadre de croyances, les changements (même s’ils sont fébriles et nombreux) n’amènent pas de solution. Seul un changement de niveau 2, c’est-à-dire situé en dehors de mon périmètre de vision du monde permettra une solution.

 

Ces questions sont sans doute connues de beaucoup d’entre vous. Elles nous amènent l’idée suivant laquelle tous les systèmes établissent, pour survivre, un fonctionnement homéostatique destiné à les maintenir stables, avec le minimum de changements. Que ce soit le système psychique interne, le système à deux d’un couple, le système à plusieurs d’une famille, et ainsi de suite. Tous ont des régulations homéostatiques fonctionnant comme des freins au changement. L’évolution de ces systèmes est permise alors par des crises, crises périodiques permettant de ré-étalonner les normes homéostatiques précédentes.

 

En résumé : peurs anciennes que le changement réveille, résistances au changement proposé par l’Autre lorsqu’il est en position haute, cadre délimité incluant seulement certaines solutions, homéostasie, et face à tout cela, pour que la personne sorte de son labyrinthe douloureux, nécessité d’un changement de sens radicalement opposé à ce qui paraît, aux yeux de la personne, être « le bon sens ».

 

Comment allons-nous aborder et résoudre toutes ces difficultés en TBSI ?

 

LES SOLUTIONS TBSI

 

Tout d’abord, notons une spécificité des systèmes dans lesquels deux personnes sont étroitement liées. Nous constatons, par exemple avec les jumeaux, ou bien chez les couples, que rapidement une polarisation s’installe. L’un des jumeaux sera extraverti, l’autre introverti, l’un sera diplomate, l’autre agressif, l’un sera dépensier l’autre radin, et ainsi de suite scolaire-sportif, optimiste-pessimiste, etc. Un peu comme s’il était vital pour une part d’eux-mêmes de s’assurer une identité face à cet autre avec qui ils ont des liens si forts et si étroits, en occupant la pôle opposé.

 

Dans l’hypothèse où un thérapeute et son patient créeraient un système à deux étroitement connecté, alors de nombreuses conséquences très riches en découleraient. Parmi celles-ci on trouve :

 

  • L’effet Rosenthal : les sentiments positifs du thérapeute concernant les capacités et compétences du patient vont permettre à celui-ci de les découvrir et les exhumer

  • l’approche au plus près des vécus douloureux dès lors que le thérapeute accompagne le patient vers ceux-ci

  • la possibilité de se répartir en temps utile les forces qui poussent au changement et les forces qui sont destinées à freiner ce changement.

 

Nous allons donc, en TBSI, créer un SA2 (système à deux) par ce que nous appelons la « danse de gémellité ». Celle-ci consiste pour le thérapeute à percevoir en lui-même les souvenirs, les sensations, les émotions qui lui permettent de se sentir « similaire au patient ». Ce que l’autre amène, douleurs, doutes, situations intenables, dégoût, déceptions et tout le cortège associé à sa demande est accompagné intérieurement par le thérapeute qui fait le nécessaire pour trouver en lui-même des éléments de vécu relativement similaires. Étant donné les deux dimensions que sont : 1) rien de ce qui est humain ne m’est étranger, et 2) ma psychothérapie personnelle m’a permis d’apercevoir les coins et recoins de ma personnalité et de ses divers mécanismes de défense, alors je peux trouver une certaine identification avec le patient. Je ne suis pas seulement en empathie, une part de moi est en sympathie, sun-patein, vivant les mêmes émotions, les mêmes ressentis que lui.

 

Quand le thérapeute est ainsi positionné, plusieurs conséquences en découlent :

 

  • L’autre n’est pas un « cas pathologique » à soigner, mais un frère ou une sœur en humanité, dont le thérapeute peut comprendre le tiraillement et les difficultés

  • le thérapeute, lorsqu’il reformule et incite à creuser le plus possible les vécus douloureux, possède une qualité de présence spécifique puisque lui-même est aussi « dedans ». On baigne ensemble dans la douleur et le désespoir. Et ceci permet au patient d’aller bien plus loin et bien plus en sécurité vers ses vécus, ses contradictions, ses limites

  • le thérapeute exclut toute position haute de supposé sachant, car ça empêcherait la danse de gemellité. Il s’installe dans ce que nous nommons une « relation d’équivalence », dont nous parlera Pascale Lemay dans son intervention.

 

En somme, et du fait d’un accompagnement actif et intense, ils sont deux à explorer les arcanes du problème et de ce qu’il entraîne comme difficultés intérieures, qu’il s’agit d’exhumer et de regarder le plus en face possible.

 

En termes psychanalytiques nous nous référons aux études sur les deux types de transfert. Le transfert névrotique qui doit s’installer pour être interprété (la fameuse névrose de transfert), transfert névrotique qui renvoie aux conflits, aux pulsions, à l’Œdipe, etc. Et le transfert de base, reproduction du lien primaire à la mère qui permettra que le lien reste solide malgré les vicissitudes du transfert névrotique.

 

D’une certaine manière en TBSI nous décourageons le transfert névrotique qui exigerait un long travail psychanalytique (en effet nous sommes en face-à-face, avec une présence active, et des échanges verbaux intenses) et nous favorisons le transfert de base (gémellité, un psychisme commun aux deux personnes en présence) qui permet un lien immédiat.

 

Ceci nous est facilité par le fait que le patient, découragé, fragilisé, retrouve plus facilement en lui-même ses vécus inconscient d’enfant débordé et impuissant. Mais ceci est aussi favorisé par le lien d’identification, gémellaire et en relation d’équivalence, que nous instaurons activement.

 

1) Le but du premier temps du SA2 est double :

 

  • créer un lien de cœur à cœur, d’être humain à être humain, totalement respectueux de cet autre dont je comprends qu’il se dépatouille tant bien que mal comme moi-même j’ai pu le faire à d’autres moments, ou comme je peux le faire parfois

  • favoriser le chemin vers l’expression de tous les aspects négatifs (c’est-à-dire douloureux ou résistanciels) sachant que c’est seulement une fois qu’ils auront émergé et aurons été ventilés que, alors, des aspects positifs et de renouveau pourront venir au jour et occuper le devant de la scène.

 

2) Puis dans un temps ultérieur, un deuxième temps :

 

  • permettre que le patient puisse plus facilement accompagner à son tour le thérapeute sur le chemin proposé, celui de la découverte ou la redécouverte de ses propres capacités et compétences

 

3) Enfin dans un temps final, il va se passer un mouvement très particulier :

 

  • le thérapeute et le patient étant dans un système à deux la polarisation va s’installer. Or cette polarisation va permettre de gérer le ballet contradictoire des forces de changement et des forces de maintien homéostatique, freinatrices du changement.

 

Le thérapeute, après avoir favorisé :

 

  1. l’expression et la mise à jour la plus détaillée de tous les vécus négatifs

  2. la reconnaissance des capacités du patient par un certain type d’interaction à la fois non verbale, ou verbale en position basse

  3. la découverte des possibilités de changement

 

va désormais porter les forces de frein. Il va inciter à ce que le changement, le nouvelle expérience (indispensable pour qu’un virage à 180° s’amorce) soit la plus minime possible et il va ensuite douter que le patient puisse réellement y arriver. Plus il endosse lui-même les forces de frein, plus la polarisation du SA2 va permettre au patient d’endosser les forces de changement et de réaliser, en dehors du temps de la séance, des actions nouvelles. Ces actions nouvelles dont le départ est extrêmement minime, vont entraîner des changements « en boule de neige » dans tous les secteurs de la vie de la personne.

 

Cette phase de mise en mouvement vers le virage à 180° n’est envisageable qu’aux conditions énoncées :

 

  • danse de gémellité et relation d’équivalence

  • expression intense et émotionnelle du négatif

  • connotations positives et / ou recadrages en position basse

  • découverte des capacités existant chez le patient

  • vision en « pensée vidéo » de ce que pourraient être les changements

  • puis freins successifs : diminuer ce changement à presque rien et assurer que même ce presque rien va être difficile à réaliser

 

Les résultats sont parfaitement étonnants. Exemples de mini mini tâches proposées.

 

Un jeune homme de 19 ans, timide, inhibé, sans emploi, n’osant pas se présenter aux employeurs. À la S3 il a eu plusieurs propositions d’emplois et deux entretiens d’embauche réussis ! Je ne vous détaillerai pas ces deux séances précédentes mais je reste sur les minis expériences proposées à cette occasion : à la S1 il s’agissait de « se renseigner sur des cours de piano » et à la S2, il s’agissait « d’appeler un copain ». Les deux tâches étant assorties des doutes du thérapeute car « ça allait être difficile ». Donc : à la S4 il a désormais un travail et il a commencé une formation BAFA mais, dit-il, il n’arrive pas à se positionner dans les réunions, ils n’ose pas intervenir. Tâche : « mettre un bras sur la table quand il a envie d’intervenir » mais ça va être difficile. A la S5, il explique comment il a pris aisément la parole ; il dit aussi avoir trouvé tellement d’assurance et constater de tels changements dans sa vie qu’il choisit d’arrêter là désormais, heureux d’avoir changé ainsi.

 

Autre exemple de mini mini expérience proposée au patient. Une jeune femme de 34 ans, d’allure un peu masculine, pas trop bien dans sa vie et dans sa peau, elle doit faire un exposé devant ses collègues mais manque de confiance à cette perspective. Tâche : simplement appeler une amie qui a le numéro de téléphone d’un visagiste. Difficile. À la S2 elle arrive entièrement relookée : elle a été chez le visagiste, a changé de style de vêtements, est très féminine, et elle a fait avec succès son intervention auprès de ses collègues. Quelques séances seront ensuite centrées sur la relation à son mari, interloqué d’avoir désormais une femme si féminine.

 

Quelques autres exemples, brièvement :

 

Cet homme, la cinquantaine, COTOREP depuis quelques années car il a des difficultés de vue, qui reste enfermé dans sa chambre toute la journée, et désespère de retrouver une vie normale. A la S6 : il se déplace seul en vélo, prend le train et le bus, et il a une perspective d’emploi à Lyon, c’est à dire à 100 kms de chez lui. Dans son cas, la tâche n’était même pas minime, puisque la position adoptée par la thérapeute a été de paradoxer, et de proposer que vraiment sa situation avait de nombreux avantages qu’il fallait éviter de remettre en question, que certainement une part de lui avait besoin que ce soit ainsi, qu’il fallait se respecter, etc… Là nous sommes dans du paradoxe, attitude adoptée lorsque la situation est particulièrement enkystée et rigide.

 

Revenons à des expériences extrêmement minimes. Cette jeune fille de 17 ans, complexée de son physique, ne sortant pas, restant obstinément isolée, malgré son désir d’avoir des relations et de se sentir mieux dans sa peau. Tâche proposée à la S2 : mettre un trait sur un papier chaque fois qu’elle a un sentiment positif sur elle-même. En S4 : elle a été en boîte avec une copine, elle s’est fait draguer, elle se sent plus forte, plus en confiance et a vu ses résultats scolaires s’améliorer nettement.

 

Cette femme de 47 ans vit un grand mal-être au travail ; elle se sent le bouc émissaire. Tâche à la S1 : mettre une photo sur son bureau. A la S2, elle a demandé une mutation de service. Mais elle est encore tracassée d’avoir si peu d’énergie que le soir en rentrant elle se couche dès qu’elle arrive. Tâche : jardiner 20 cm2 de son jardin, et une seule fois dans la semaine. En S3 : elle a fait des démarches pour changer de service, et le soir en rentrant du travail elle est active et en forme. En S4 : elle a change de service, elle travaille à 80% ce qui lui va très bien, elle se sent beaucoup mieux dans sa peau et dans sa vie.

 

Bon… Des exemples de cet ordre nous en avons des dizaines. Le côté stupéfiant, c’est l’écart entre le dérisoire de l’expérience nouvelle proposée au patient et l’ampleur des changements qui s’ensuivent. Le secret semble bien se situer dans le SA2 permettant au thérapeute de faire découvrir au patient ses capacités puis d’assumer activement les forces de frein au changement. La nouvelle expérience, virage à 180°, est réduite à une dose extrêmement minime, et en plus elle est assortie de la crainte, manifestée par le thérapeute, que ceci soit encore difficile. Le patient, qui a quant à lui assuré qu’il ferait cela sans problème, prend en main lui-même ses décisions de changement. Et celles-ci vont bien plus loin et dans beaucoup plus de secteurs que ce que le thérapeute aurait pu proposer.

 

CONCLUSION

 

Évidemment, je ne vous présente ici la TBSI que d’une manière très succincte. En formation les participants disposent d’un manuel de 140 pages et d’une dizaine de CDs audio. Mais l’essentiel, et le plus difficile pour certains, c’est d’adopter ces attitudes tellement spécifiques que sont la danse de gémellité, la relation d’équivalence, l’aptitude à la position basse, la croyance dans les capacités du patient, et l’art de porter les forces de frein.

 

À gros traits et pour simplifier beaucoup on pourrait dire que nous avons :

 

  • le positionnement des thérapies humanistes. MAIS en y ajoutant l’activisme de la Thérapie Brève Centrée sur la Solution (TBCS)

  • la centration sur les solutions telles que le préconise la TBCS MAIS en y ajoutant la position basse et le paradoxe de Palo Alto

  • la position basse et le paradoxe MAIS sur un mode profondément respectueux conforme aux thérapies humanistes

 

Toutefois je crains de vous inciter à réduire la TBSI à cette articulation de diverses thérapies, assortie d’une compréhension psychanalytique des enjeux, alors même, nous le savons bien, que le tout est différent de la somme des parties. J’espère que les exposés qui vont suivre vous permettront de bien le sentir.

 

 

 


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